Le nombre 40 dans la tradition juive.

Un nombre hautement symbolique.

1- Le temps qu’il a fallu à nos ancêtres pour traverser le désert. Il est clair que géographiquement quelques semaines auraient suffi pour traverser cette étendue de sable.

Apparemment, après des centaines d’années d’esclavage, la liberté ne pouvait s’apprendre en accéléré. Les Hébreux sont certes sortis physiquement dans la précipitation, l’empressement mais l’Egypte, leur prison mentale ne sortit pas d’eux à la même vitesse.

Il eut fallu attendre quatre décennies et voir mourir toute une génération dans le désert, avant d’atteindre la destination.

40 ans devient donc le temps symbolique de la mutation. Le nombre d’années qu’il faut pour se libérer d’un héritage pesant et devenir un autre. S’inventer libre. Retrouver le chemin d’une promesse.

2- Le déluge, au début de la Genèse, recouvre la terre durant 40 jours et autant de nuits. Enfermée dans une arche, une famille saine et sauve servira de matrice à un monde en devenir.

40 jours de grossesse. Pour un nouvel univers à naître.

3- 40 jours et 40 nuits, c’est aussi le temps qui retînt Moïse en haut du Mont Sinaï pour l’une des conversations les plus sacrées qui eut jamais lieu et l’écriture de ces fameuses Tables de la Loi.

Après 40 jours, les Hébreux, ne voyant pas leur leader réapparaître furent pris de panique et replongèrent immédiatement dans la tentation idolâtre. Un veau d’or qui racontait tout ce qui chez eux n’avait pas encore muté et peinait à changer.

Ce nombre 40 raconte donc la possibilité transformative. Celle qui dit « Tu es aux portes d’un nouveau monde, sauras tu les franchir ? ».

Ou au contraire ton histoire s’arrête là car tu n’as pas su devenir un autre.

4- La guématria fait correspondre à chaque chiffre une lettre hébraïque; elle fait de la lettre « MEM » le symbole du 40.

Cette lettre s’écrit sous deux formes. Parfois mais rarement un MEM final, entièrement fermé. Telle une tombe, qui englobe un tout privé d’avenir.

Soit, le plus fréquemment, avec une petite ouverture à son extrémité, comme la calligraphie d’un monde en plein accouchement.

5- Nos Sages nous disent aussi que 40 est la somme de 14 et 26.

14 est la guématria de « Yad » la main et 26 est bien évidemment le nom de D.ieu. Youd, hé, vav, hé. YHVH.

40 raconte donc la « main de D.ieu ». Pas celle du footballeur Maradona lors d’un match de football devenu légendaire entre l’Argentine et l’Angleterre, mais bien la possibilité d’une intervention transcendante sur le monde.

6- 40 ans, c’est enfin et surtout l’âge de l’homme qui prend sa vie en mains et change son destin.

Dans le Talmud cet homme est extrêmement célèbre. On le nomme Rabbi Akiva et la légende d’évoquer son chemin. Il était une fois un homme qui n’avait dans sa vie ni D.ieu ni Torah…jusqu’à ce qu’il devienne quadragénaire. Et c’est à cet âge qu’il rejoignit la yéchiva pour devenir le plus grand maître.

40 ans le temps du devenir. Il est donné à chacun de changer.

7- Ainsi nous voyons que ce nombre 40 est hautement symbolique. Un temps long, très long, qui peut même paraître une éternité pour certains. Mais c’est un temps nécessaire pour les grandes transformations, pour des enjeux extra-ordinaires. Et il s’agit donc d’être patient, de comprendre ce qui se joue, faute de passer totalement à coté.

Le MEM parait fermé, mais si on regarde de plus près, avec attention,l’ouverture est bien présente, petite, à l’extrémité en haut de la lettre; comme un espoir, un avenir garanti pour celui qui sait attendre.

A partir d’un article de la revue Tenoua numéro « penser l’avenir ».

André Bensimon