Joie, rires débridés, déguisements, vastes banquets, vacarme dans les synagogues, c’est le carnaval, c’est la fête. Mais que célébrons-nous ? Une histoire vieille de 2500 ans, la fête se réfère à un récit biblique : la reine d’Esther. Fait assez rare : l’héroïne est une femme.

Les juifs vivent en Perse au VIe siècle avant notre ère, après la destruction du 1er temple ; la Perse est la grande puissance de l’époque, un royaume immense de plus de 120 pays qui s’étend de l’Inde jusqu’à l’Afrique.

Esther est une jeune juive d’une très grande beauté et devient Reine, l’épouse du Roi de Perse.

Le Premier ministre, Haman, complote et veut faire tuer tous les juifs.

Mardochée, un juif, l’oncle d’Esther et l’ennemi personnel d’Haman l’antisémite, demande à sa nièce d’intervenir auprès du roi pour faire annuler le décret d’extermination. Grâce au courage d’Esther et la vigilance de Mardochée, Haman est confondu et finira pendu à la potence qu’il avait dressée pour Mardochée le juif.

Tout est bien qui finit bien. Analysons un peu ce récit.

 

Le hasard :

Dans ce livre biblique, D.ieu est absent ; son nom n’est jamais cité, du moins en apparence. Le nom d’Esther signifie : caché.

Si D.ieu est présent, il avance masqué, dissimulé sous les traits du hasard.

Si les juifs sont sauvés du massacre, c’est grâce à une série, une succession de coïncidences, de hasards providentiels. Le sort est si important que c’est le nom même de la fête, en effet Pourim veut dire « sorts » (Pour veut dire sort ; Pourim au pluriel). Haman avait tiré au sort la date de l’extermination des juifs. Ce conte des mille et une nuits nous incite à réfléchir à un monde livré au hasard, du fait de l’absence de D.ieu.

Même si D.ieu semble absent du monde, il ne faut pas désespérer, le bien finit par triompher sur le mal, si nous savons rester vigilants (comme Mardochée) et prendre notre destin en mains (comme Esther) et ne pas nous dérober à nos responsabilités.

 

L’antisémitisme :

Un seul projet habite Haman : détruire les juifs, une obsession chez lui.

Haman le tyran fou est le descendant direct d’Amalek, l’archétype biblique des persécuteurs ; à peine les Hébreux sortis d’Égypte, il se jette sur eux avec son armée pour les exterminer.

Malheureusement, Haman sera suivi dans l’histoire d’autres tyrans fous, obsédés eux aussi par l’extermination des juifs ; une question d’une étrange actualité.

Si Haman veut détruire les juifs, c’est parce que c’est un peuple « séparé » et « dispersé » (selon ses propres termes). Bien que disséminé dans l’empire, il sait conserver sa spécificité, il ne se mélange pas avec les autres peuples.

Le récit d’Esther décrit ainsi avec une étonnante anticipation la condition des juifs en exil au milieu des nations jusqu’à nos jours.

Cet enseignement est si important que c’est le seul texte avec la Torah, qui doit être écrit à la plume sur un parchemin enroulé comme un Sepher Torah ; d’où son nom la Meguila d’Esther qui veut dire rouleau.

L’homme aura beau confondre, brouiller les pistes, se travestir, ou bien s’en remettre au sort, il existe un ordre transcendant, un ordre divin que même s’il ne nous apparaît pas clairement s’impose au monde par-delà son apparent désordre.

Ni la force, ni la ruse, ni la dissimulation, le pouvoir, la politique ne peuvent rien contre lui, pour autant que les hommes et les femmes sachent prendre leur destin en mains.

 

A partir d’extraits d’Akadem

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