Nous venons de terminer les trois premières parachiot du livre de l’Exode : il s’agit de la sortie d’Egypte, à proprement parler. Avant de poursuivre cette formidable aventure qui va nous être contée, je vous propose une petite pause pour analyser cet élément fondateur du peuple juif que représente cette fameuse sortie d’Egypte.
Une véritable ligne de partage avec l’avant et l’après de l’histoire de l’humanité et plus spécifiquement de celle de notre peuple.

Une leçon principale : rien n’est jamais perdu, tout est toujours possible.

Nous allons essayer de comprendre comment un groupe d’esclaves d’origine ethnique vaguement commune va se transformer en un peuple libre puis élu et qui va recevoir la Torah.
Cet exode c’est la liberté, le droit d’assumer son destin, de choisir sa destinée.
Mais quel est le véritable problème ? L’intransigeance de Pharaon ? Assurément pas.
Le problème principal est le complexe de Stockholm, du colonisé. Les juifs ont intériorisé l’exil, la diaspora, la galout. Ils sont « galouteux » dans leur tête. Ils sont complètement intégrés, ils ont adoré leur maîtres et même leurs dieux, ils ne peuvent plus vraiment sortir : voilà le vrai problème, le véritable esclavage. Esclaves d’eux mêmes. Mais alors les dix plaies c’était pour faire craquer Pharaon ou pour envoyer des messages aux hébreux et leur laisser le temps de se décider à quitter cet enfer ?

La question suivante se pose donc :
Comment prendre une masse d’esclaves rongés par des siècles de servitude, de soumission, d’aliénation, parfois prêts à la délation, ayant perdu leur identité, leur dignité et dénués du souvenir d’une vie souveraine, pour en faire des « craignants D.ieu » et les transformer en groupe humain solidaire, porteur d’un projet sociétal commun, avec la volonté de transformer le monde ? Pas facile !

Tout d’abord il faut leur redonner confiance en eux, leur faire vivre des expériences réussies et les sortir ainsi de leur enfermement mental.

« Ils ne feront la révolution que quand ils auront pris conscience, mais ils ne prendront conscience que lorsqu’ils auront fait la révolution » : on est donc dans un piège, comment en sortir ?

Le defreezing en anglais, le hipazon en hébreu, un truc brusque, abrupt : il faut sortir vite, dans la foulée, on prend la matsa et on se barre.
« On ne peut pas être à moitié enceinte », à chaque fois qu’il s’agit de prendre des grandes décisions, sortir de la drogue, partir en Israël, sortir de l’esclavage il faut le faire vite, tout de suite dès qu’on s’est décidé. Ensuite viendra le temps de faire tout un travail progressif de construction ou de reconstruction individuel et collectif.

L’Egypte représente bien cet archétype de toutes les prisons mentales. Les gens ne pouvaient pas s’imaginer autre chose qu’esclaves.
Mais qui est Moïse ? C’est un outsider. Quelqu’un de l’extérieur, pas de l’establishment en place, du sérail, il n’est pas du Consistoire ou du CRIF, il vient d’ailleurs, de nulle part.
Dans l’histoire du peuple juif il en a toujours été ainsi, ceux qui font les révolutions viennent toujours de l’extérieur, Théodore Herzl en est le meilleur exemple.

Tout d’abord il faut opérer un changement cognitif immédiat et expéditif.
Leur donner un but à rêver : au lieu d’être esclave vous allez vous rendre dans un pays où coulent le lait et le miel, un pays de justice, plus d’esclavage, un monde d’entre aide. Et ainsi trouver la force de se dépasser.

Puis un changement comportemental,
Il faut que les gens acceptent une nouvelle discipline qui devienne normative. Le tout bien entendu par étapes, progressivement. Apprendre à gérer, apprivoiser le temps avec l’établissement du Roch Hodech, puis se libérer de certaines contraintes avec le respect du Chabbat et ainsi de suite en route vers toutes les mitsvot, les commandements.

Il s’agit aussi de retrouver sa dignité, sa fierté : assumer son altérité
Nous faisons ici référence au sacrifice Pascal, sacrifier un agneau, le D.ieu égyptien, aux yeux de tous. Assumer son identité, revendiquer sa spécificité : « je suis juif » et constater que malgré les peurs, certes légitimes, le monde ne s’écroule pas.

Et oui pour finir on constate qu’on attend toujours la dernière minute, le dernier instant, les dernières extrémités pour partir, car jusque là on trouve toujours toutes les bonnes excuses, les justifications à la condition dans laquelle on se trouve. Et même les plus intelligents, les plus instruits, les leaders s’y mettent et contribuent à cet aveuglement.

Toutes ressemblances avec des événements ou situations actuelles ici ou ailleurs ne sont pas fortuites.

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