En cette veille de Kippour, je vous propose une réflexion sur la notion du questionnement critique mais constructif.

Souvent on s’imagine que celui qui croit ne doute pas. C’est évidemment un cliché qui cherche à rassurer mais qui dissimule une réalité bien plus ambiguë. Pour le judaïsme, l’esprit critique est recherché et enrichissant. La passion pour l’interrogation est devenue au fil des siècles un ingrédient essentiel de la vie juive.

Ainsi le mot sagesse se dit en hébreu « Hokhma » qui peut se lire aussi « Koah-Ma », la force du pourquoi. Les lettres hébraïques ayant des valeurs numériques, celle du mot « Adam » qui signifie homme est égal au mot « Ma » qui veut dire, quoi ? Pourquoi ? Ne peut on pas en déduire que l’homme est une question. Le judaïsme n’est pas un dogme qui enferme et fige la pensée. Il faut fuir la pratique d’un rituel vide de sens où l’on ne pense plus et où l’on n’agit que par routine. D.ieu n’a pas offert à l’homme un rouleau de la Torah sibyllin. La Torah, au contraire, est une parole vivante, ouverte et féconde.

L’étonnement de l’homme est la condition préalable et nécessaire à son accès à la connaissance et au savoir. C’est une possibilité offerte à l’homme de se confronter au texte de la Torah, de l’étudier et de l’interroger. Nos sages nous enseignent que l’homme est invité à apporter sa touche personnelle, sa pierre à l’édifice, son « hidouch », au cheminement de la pensée juive. Grâce à cela la Torah ne demeure pas une lettre morte, un testament, elle est une Torah-haïm, une Torah de vie, une tradition, source de vitalité.

L’originalité de l’étude talmudique consiste à refuser une lecture monolithique et enseigne qu’un texte est indéfini car infini et ouvert à toutes les nouvelles interprétations. La notion de « mahlokhet », questions, discussions, débats est constitutive du Talmud à tel point que la terminologie talmudique propose plus d’une quarantaine de synonymes pour dire le mot question. C’est dans la confrontation d’idées et d’opinions que jaillit la lumière de la vérité. Et le rôle du maître n’est pas tant d’apporter des réponses mais d’apprendre à l’élève à savoir poser des questions. Ainsi la recherche de la vérité ne s’épuise jamais et l’homme reste élève de la sagesse, un « talmid-hakham ».

C’est-à-dire que la sagesse demeure toujours un but à atteindre même pour les plus grands sages qui ont l’humilité de toujours vouloir apprendre. Le questionnement juif admet les contradictions et la complexité, sources de renouveau et d’enrichissement, mais ces dernières s’inscrivent sans aucun lien avec l’idée de rupture, source de séparation et finalement d’échec. Cette démarche s’inscrit dans un esprit de continuité qui relie toutes les idées les unes aux autres en vue de s’approcher de la parole de D.ieu et d’agir pour le bien.

Rabbin Mikaël Journo, rabbin de la communauté de Chasseloup Laubat, Aumônier général des hôpitaux de France.

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