Houkat, une paracha qui constitue un tournant dans le livre de Bamidbar et plus généralement dans le destin du peuple juif.

  1. Replaçons-nous dans le contexte. 

Le peuple hébreu est dans le désert, cela fait 39 ans qu’il erre dans ce désert et on arrive à cette 40ème année, la dernière avant l’entrée en terre Promise. Il s’agit d’une nouvelle génération, celle qui va entrer en Israël, tous ceux qui sont sortis d’Egypte (la génération précédente) est décédée dans le désert.

  1. Durant cette errance de 40 ans, trois « miracles permanents » ont accompagnés les enfants d’Israël (les Bnei Israël) 

– Un puits miraculeux qui fournissait de l’eau en permanence et qui se déplaçait avec le peuple. Myriam, la sœur de Moïse symbolise ce miracle.

– Les nuées protectrices qui protégeaient le peuple de toutes les attaques, elles absorbaient les flèches de leurs ennemis. Aaron, le frère de Moïse, le Grand Prêtre symbolise cette protection, ce bouclier, ce « dôme de fer » avant l’heure.

– La manne, cette « poudre magique », cette nourriture céleste, qui a nourri les Bnei Israël durant tout ce périple et qui prenait le goût de l’aliment qu’on imaginait manger. Moïse, lui-même, symbolise ce prodige. En fait durant ces 39 ans, le peuple est assisté, il vit grâce aux miracles. Il ne travaille pas, il étudie la Torah, il est délivré de toute contingence matérielle, il est sous respiration artificielle. C’est sûrement un moment nécessaire, le temps pour absorber toute cette Torah, récemment donnée. Un temps entre le don et la réception.

  1. Les Grands d’Israël vont disparaître et avec eux les miracles qu’ils symbolisent, qu’ils représentent. 

Myriam meurt et le puits permanent disparaît. Aaron meurt à son tour et les nuées protectrices s’arrêtent. Moïse mourra plus tard, la manne cessera et les enfants d’Israël entreront en terre Promise, sous les ordres de Josué. Alors quand les grands phares d’une génération disparaissent, que se passe-t-il ?

  1. Le serpent d’airain : un regard vers le ciel 

Le peule est impatient et en colère : pourquoi nous avoir fait sortir d’Egypte pour nous faire mourir de soif dans le désert ?

Ils ont même ras le bol de la manne, assez de cette « manne pourrie » ! Alors D.ieu envoie des serpents qui mordent le méchant peuple, les premiers mordus meurent, les autres demandent immédiatement pardon, on s’est trompés, on regrette et alors D.ieu éloigne les serpents, leur demande de construire un serpent en airain, en cuivre, de le hisser en haut d’un mas.

Ceux qui regarderont le serpent d’airain seront épargnés, ils guériront, ils vivront. Mais tout cela est-il bien sérieux ? Des serpents vengeurs ? De la magie noire ? Il suffirait de regarder un serpent artificiel, de fer ou de cuivre et alors on guérirait ? Cela semble bien étranger à l’esprit de la Torah. La michna, la loi orale nous éclaire sur ce mystère apparent. Pour guérir, pour vivre il s’agit de regarder, certes le serpent, mais surtout de regarder vers le haut, en haut du mas. Et c’est cette attitude qui est ici encouragée. Ce n’est pas le serpent artificiel qui guérit mais l’attitude de l’homme capable de porter son regard vers le haut, de lever ses yeux. Quand les yeux partent du bas pour aller vers le haut et pour scruter, porter attention en haut de l’étendard, c’est comme un lien créé entre le monde du bas, celui du matériel et le monde d’en haut celui du spirituel. Regarder vers le haut avec attention c’est aussi savoir regarder plus loin, entrevoir l’avenir, un horizon moins immédiat, comme un projet plus complet, un objectif de vie, un certain idéal. Et cette attitude vertueuse donne un sens à toutes ses actions, permettent d’endurer les épreuves, de donner un sens aux efforts nécessaires pour surmonter toutes les difficultés qui sont inéluctables.

  1. Les enfants d’Israël, cette nouvelle génération ne veut plus de miracles, ils ne veulent plus subir, être passifs, assistés, ils veulent prendre en mains leur destin, participer à leur avenir, devenir actifs, acteurs de leur vie. 

De toutes les façons la période des miracles est terminée. Myriam et son puits, et Aaron et ses nuées magiques c’est terminé. Moïse va lui aussi bientôt les quitter, avec lui la manne. Ils vont bientôt quitter le désert, cette terre d’assistance, cette période d’assistanat et vont entrer en terre d’Israël pour devenir des citoyens « normaux » avec des droits et des devoirs, entrer dans la « vraie vie ». 

  1. On peut effectuer un parallèle entre cette génération qui va quitter le désert et entrer en Israël et celle, 3300 ans plus tard (environ), qui va bâtir le nouvel état d’Israël au début du 20ème siècle. Des jeunes qui ont une houtspa extraordinaire, peur de rien, qui vont entreprendre l’impensable, l’impossible et qui vont réussir. 

Mais réussir à fleurir le désert c’est un miracle non ?

En effet, quelque part c’est un miracle, mais c’est surtout dû à la sueur de leur front, à leur courage, leur inventivité, leur abnégation, leur sens du sacrifice. Peut-être un miracle, mais d’une autre nature que ceux de la manne ou des nuées protectrices dans le désert où là les hébreux étaient plutôt passifs et assistés par une protection divine manifeste. Ici au 20ème siècle nous assistons à une combinaison vertueuse, celle du travail acharné, inventif, fourni par ces pionniers qui ont pris en mains leur destin et la bénédiction divine, une assistance de l’Eternel, plutôt discrète, ou moins ostentatoire que 3300 ans plus tôt.

Conclusion 

Cette paracha de Houkat marque la fin des miracles, la fin de la période des géants. La nouvelle génération prend le pouvoir, ils veulent prendre leur destin entre leurs mains. Ils vont quitter un monde, un endroit d’assistés, le désert pour entrer en terre Promise et se comporter en citoyens responsables, acteurs de leur propre vie. Le défi est immense, et il leur est conseillé pour cela de porter le regard vers le haut, d’anticiper, de voir loin et d’allier, de conjuguer le matériel et le spirituel.

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