Les propos tenus sur cette page (cette rubrique) ne représentent que et uniquement l’opinion de leur auteur, et n’engagent pas Moadon.

La dernière paracha du livre de Béréchit. La fin du début.
Regardons comment s’achève le commencement.

A) Tout d’abord il est à remarquer que cette paracha est une paracha « setouma », c’est à dire fermée

Qu’est ce que cela signifie ?

Cette paracha est collée à celle qui lui précède.

D’habitude chaque paracha est séparée par une ligne blanche, un espace de quelques mots. Ce qui permet de respirer, de créer un espace entre deux narratifs.
Ici aucun espace, le texte se poursuit sur la même ligne, comme s’il n’y avait aucun changement, aucune interruption. Il n’y a pas de respiration, une impression d’étouffer, un manque de lumière.
Ce manque d’espace est comme une annonce de ce qui va se passer ultérieurement. En effet le patriarche Jacob va mourir et les israélites vont être réduit à l’esclavage. Le peuple d’Israël va plonger dans le noir, dans un certain mal être.

B) L’un des moments clés de cette paracha est la bénédiction de Jacob pour ses petits fils (les enfants de Joseph) Ménassé et Ephraïm

Ces deux enfants représentent la première génération née à l’étranger. Jacob les intègre dans sa propre descendance comme s’ils étaient ses propres enfants. Ils deviennent ainsi les égaux de la génération précédente, celle née « au pays ». Puis trois versets plus loin Jacob dit « mi élé ?, qui sont ceux là ? » en parlant de Ménassé et Ephraïm.
Bizarre, il venait de les bénir. Certains remarquent qu’il était aveugle et que c’est la raison pour laquelle il ne les a pas reconnus. D’autres prétendent que ces enfants étaient habillés à la mode égyptienne, comme les jeunes de leur génération et que donc Jacob ne les reconnaissait pas, ou ne les imaginait pas ainsi.

C) Tous les Chabbat il est coutumier que les parents bénissent leurs enfants en faisant référence à Ménassé et Ephraïm

Et à nous de nous interroger. Pourquoi comparer nos enfants à Ménassé et Ephraïm, des personnages certes importants, mais plutôt de second plan ? Pourquoi ne pas les comparer à Moïse, Jacob ou Abraham ? Et qu’y a t il de particulier dans ces personnages pour qu’ils nous parlent ainsi à chaque génération ?

Je vous propose deux pistes de réflexion :

1) Ménassé et Ephraïm sont les deux premiers frères qui ne se disputent pas, qui ne se jalousent pas. Caïn et Abel se sont entretués. Isaac et Ismaël se sont disputés, leur père a chassé de sa maison Ismaël et sa mère Agar. Jacob a dérobé à Esaüe le droit d’aînesse et la bénédiction de son père, puis Esaüe a cherché à tuer son frère, Jacob s’est enfui. Ensuite Joseph a été vendu par ses frères, ils le jalousaient, ils l’ont jeté dans une fosse avec serpents et scorpions et l’ont laissé pour mort.
Alors enfin deux frères « normaux » ! Et à priori ce n’était pas si évident.
Et bien pour que le livre de Béréchit puisse se terminer il fallait que les frères se réconcilient. Joseph s’est réconcilié avec ses frères dans la paracha précédente, et ici on assiste à la naissance d’une nouvelle génération, des frères qui ne se haïssent pas. Il fallait une telle condition pour que l’Histoire advienne. Pour que le premier livre s’achève et que le deuxième puisse s’ouvrir.
Alors Ménassé et Ephraïm sont un magnifique symbole et nos enfants méritent d’être comparés à eux chaque vendredi soir lors de cette fameuse bénédiction.

2) Revenons à la signification première de ces deux prénoms :

Ménassé est un nom qui signifie à la fois l’oubli et la dislocation, hors du lieu d’origine.
Ephraïm signifie « fructifier », même en exil, même après le malheur.
Les enfants vont, doivent exister hors des parents, hors du lieu d’origine, ils vont se détacher de la famille initiale, du cocon, et même en exil; puis ils vont se développer, fructifier, même après des difficultés, des épreuves, des tragédies.
La parentalité consciente de sa limite, voilà la seconde explication du choix de Ménassé et Ephraïm pour cette bénédiction.
Et maintenant on comprend mieux « mi élé ?, qui sont ils ? ». Et oui les enfants Ménassé et Ephraïm sont différents de ce que Jacob avait imaginé, ils sont habillés « comme des jeunes », « comme des égyptiens ».
Les enfants prennent le chemin qu’ils doivent prendre, pas nécessairement celui imaginé, rêve, fantasmé par les parents et ces mêmes parents doivent les bénir.

Alors comment se termine ce 1er livre ?

– Par la réconciliation des frères. C’est une condition nécessaire pour que toute histoire se poursuive. Au sein d’une même famille, au sein du peuple juif ou au niveau de l’humanité toute entière, nous avons besoin de fondations solides, en l’occurrence la valeur de fraternité constitue le meilleur ciment.

– Les parents, les aînés doivent bénir leurs enfants, doivent être bienveillants avec leurs successeurs, tout en comprenant qu’ils sont différents, qu’ils vont emprunter de nouvelles voies, pas nécessairement celles imaginées par leurs parents; c’est ainsi que va la vie.

– L’avenir de ce peuple en devenir ne va pas être simple, pas une ligne droite; au contraire un itinéraire semé d’embûches, de tragédies, d’horreurs. Une paracha fermée, sans espace, sans lumière, annonçant une certaine noirceur, mais une histoire qui se poursuit depuis des millénaires avec aussi ces moments heureux, de belles éclaircies, des exploits, des miracles, et toujours la possibilité d’écrire un futur meilleur.

André Bensimon

CONDITIONS DE MODÉRATION DU BLOG :

Le blog et les commentaires sont modérés a posteriori. Le non respect de l’une des règles suivantes entraîne la suppression de l’article et du commentaire :

– Commentaires diffamatoires, racistes, pornographiques, pédophiles, incitant à délit, crimes ou suicides,
– Commentaires reproduisant une correspondance privée sans l’accord des personnes concernées,
– Commentaires agressifs ou vulgaires.

Catégories : Judaïsme