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Deux messies

 
Joseph et Juda, ces deux frères, selon notre tradition, sont les ancêtres des deux messies qui vont conduire la délivrance d’Israël:
Le machia’h ben Yossef, le messie qui descend de Joseph et le machia’h ben David, celui qui a pour ancêtre David et donc Juda.
Le machia’h ben Yossef va précéder le machia’h ben David. On est plus familier avec le Machia’h ben David, mais il en existera deux.
Quelles sont les caractéristiques principales de ces deux messies?
Le machia’h ben David c’est l’ultime messie.
Avec lui va arriver la délivrance ultime, la « guéoula » finale. Le messie sera une espèce de roi, à l’image du roi David.
Mais avant lui, va arriver le machia’h ben Yossef, qui commencera ce processus de la délivrance, en rassemblant les exilés.
Il tracera alors le chemin, il ouvrira la route pour le machia’h ben David. Ce messie ben Yossef traversera une période terrible de chaos, de violence et sera tué avant qu’arrive le second messie.
Voici donc ce que nous dit notre tradition.
Pourquoi parler de cette thématique cette semaine?
Joseph et Juda sont les principaux protagonistes de notre paracha hebdomadaire, Vayechev.
Que peut on apprendre dans cette paracha sur ces deux hommes qui nous éclairerait sur les deux messies?
1)Les deux frères quittent leur famille, pour construire une vie ailleurs.
Joseph va aller en Égypte, en dehors de la terre de Canaan, en exil, en galout, et Juda se construit une vie à Doulam, en terre de Canaan, en Israël.
Les verbes employés pour décrire les actions de ces deux frères peuvent être classés en deux catégories.
Des verbes d’action actifs, volontaires pour Juda, c’est lui qui décide ce qu’il doit faire, où il doit s’installer, par contre pour Joseph c’est exactement l’inverse il subit toutes les actions, il ne décide de rien, ce sont les circonstances qui l’emmènent tantôt chez Putiphar, ou bien en prison ou encore plus tard devant le pharaon.
Il est toujours déplacé, il subit.
Les deux quittent leur clan certes, mais Joseph le fait contre son gré, alors que Juda au contraire prend action. Le libre arbitre de Juda est clair et affirmé.
2)Deux trajectoires bien différentes.
Certes Joseph subit, est contraint, mais il connaît toujours le succès, il s’adapte à chaque situation, trouve de nouvelles ressources et se sort de situations bien délicates. Il est « successfull ».
À l’opposé Juda rencontre nombre de difficultés, sa vie ne se passe pas bien. Deux de ses trois fils meurent, puis il rencontre des mésaventures avec Tamar, qui devait à priori épouser son troisième fils. Vraiment pas une histoire brillante. Manifestement Juda ne connaît pas la réussite que connaît Joseph en Égypte.
3)La présence de femmes locales.
Juda épouse une femme locale. La fille d’un cananéen. C’est à dire une femme étrangère, pas du clan pas de la tribu. De la même façon pour son fils aîné il choisit une femme locale. Ces femmes étrangères vont se poursuivre avec toute la lignée de Juda. Ruth (l’épouse de Boaz) est sans aucun doute la plus connue; certes convertie, mais étrangère tout de même, connue sous le nom de Ruth la moabite. Le roi David, lui même, épousera des étrangères, n’a pas eu d’enfant avec sa femme israélite (la fille de Shaoul) qu’il a épousé. Et même la mère du roi Salomon est une étrangère.
Salomon aussi prendra mille femmes étrangères.
Tout au long de la ligne de Juda il y a la présence de ces femmes étrangères.
Joseph au contraire repousse les avances de la femme de Putiphar, puis choisit une femme de « chez lui », la fille de Dina (la fille de Jacob). Il la trouve en Egypte
(suite à ces mésaventures Dina s’était exilée en Égypte), sûrement l’une des seules de son clan.
Malgré son immersion en Égypte et son énorme succès, il s’éloigne des femmes étrangères et trouve l’unique femme de la tribu de Jacob présente en Égypte et l’épouse.
Deux comportements de la part de Juda et Joseph diamétralement opposés, mais dans des contextes bien différents. L’un en exil, l’autre à la « maison ».
4)Dès leurs naissances nous avions aussi des indices.
A propos de Juda, le texte nous dit: « Sa mère Léa cessa d’enfanter ».
Et pour Joseph le texte dit: « Que D.ieu me donne encore un autre fils ».
Voici donc des allusions possibles aux temps futurs.
Pour Juda c’est un sentiment de fin, de fin des temps; alors que lors de la naissance de Joseph un appel clair et explicite est lancé pour un autre enfant, pour une suite de l’histoire (ce second messie attendu).
D’ailleurs la racine de Joseph en hébreu veut dire « ajouter ».
Et lorsque Joseph naît, Jacob demande à Laban de le quitter pour pouvoir revenir chez lui.
Avec Joseph il y a donc une espèce de déclic, un point de départ, de renouveau. Pour Jacob le temps est venu de retourner chez lui.
A l’image de ce messie ben Yossef qui a pour mission de rassembler les exilés et de démarrer un processus qui sera poursuivi et achevé par un autre, le messie ben David.
Que peut on apprendre du caractère messianique avec ces deux frères?
L’un prend sa destinée en main, l’autre se laisse mené. L’un est sensible aux femmes étrangères, l’autre les évite.
Les femmes symbolisent dans notre tradition la sagesse.
Isaïe, le prophète décrit les temps futurs, les temps messianiques et nous annonce « La maison des prières pour toutes les nations ».
Pour l’ultime délivrance, nous devrons être assez à l’aise, assez enracinés pour ne pas rester juste entre nous, entre juifs,
mais être capables de s’ouvrir sans danger aux autres nations, aux « femmes étrangères ».
Et Juda annonce le chemin il sait où il va, il le décide de lui même. A l’instar du machia’h ben David son successeur.
Et aujourd’hui on en sommes nous? À quelle époque sommes nous?
Nous n’en sommes sûrement pas aux temps messianiques d’une délivrance finale, pas encore au temps du machia’h ben David.
Peut être traversons nous des temps pré-messianiques, plutôt à la période du machia’h ben Yossef. On dit même que dans chaque génération il y a la lumière du machia’h ben Yossef.
En fait en permanence une lueur d’espoir.
André Bensimon

 

 

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